Rapport de Cédric Villani : Donner un sens à l’IA

Cedric Villani

Comme bien d’autres adolescents férus de sciences dans les années 80, j’ai fait la connaissance de l’intelligence artificielle dans les superbes ouvrages de vulgarisation de Douglas Hofstadter, qui mettait en scène Alan Turing avec une passion contagieuse.

Mais comme bien des mathématiciens débutant la carrière dans les années 90, j’ai profondément sous-estimé l’impact de l’intelligence artificielle, qui ne donnait finalement, à cette époque, que peu de résultats. Quelle surprise ce fut d’assister, dans les années 2010, à l’incroyable amélioration de ses performances… Devenu moi-même vulgarisateur, je me suis mis à développer le sujet régulièrement, dans mes conférences publiques comme dans mes échanges avec le monde de l’entreprise. Et ce fut une surprise non moins grande de voir mes ouvrages de recherche sur le transport optimal cités dans des articles récents sur l’intelligence artificielle : comme un signe qu’il m’était impossible d’échapper à ce sujet polymorphe ! Du reste, depuis quelques années plus personne ne peut y échapper, tant il est devenu omniprésent dans les discussions économiques et sociales.

Aussi ai-je été à peine surpris quand le Premier ministre me confia une mission d’information sur la stratégie française et européenne en intelligence artifi- cielle. Le défi était grand, mais mon enthousiasme considérable. Pour les orientations de départ, j’ai bénéficié du plein soutien du secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, et de l’expertise de mes collègues spécialistes dans le domaine, à commencer par mon ancien collaborateur Yann Ollivier.

Avec leur aide, et avec le soutien des institutions d’État, j’ai pu mettre en place une équipe comme on en rêve : sept personnes extrêmement compé- tentes, investies à temps plein, aux profils variés. Cette étape était cruciale, tant on sait combien les ressources humaines sont la première condition de succès de tout projet.

Pour démarrer notre réflexion, nous pouvions nous appuyer sur d’excellentes sources ; en particulier le rapport France IA, initié par Axelle Lemaire, le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), rendu par mes collègues parlementaires Claude de Ganay et Dominique Gillot, ainsi que les remarquables travaux de la CNIL, sur l’éthique des algorithmes, et du Conseil d’orientation pour l’emploi. France Stratégie a également apporté son concours. Les contributions se sont multipliées, et rapidement la quantité de matériaux à digérer est apparue considérable ! Mais ensemble, nous avons pu collecter et synthétiser les quantités d’information fournies par les centaines d’experts, et par les milliers de citoyens qui ont apporté leur contribution à la réflexion – à ce sujet je remercie chaleureusement l’association Parlement & Citoyens qui a pu monter une plateforme de consultation en ligne dans des délais records !

L’intelligence artificielle ne peut se penser dans un cadre seulement national ; et cette mission a aussi été l’occasion de visites, aussi brèves qu’intenses, dans des lieux inspirants à l’étranger : Palo Alto, Beijing, Berlin, Ratisbonne, Londres, Zürich, Bologne, Lisbonne, Tel-Aviv et Haïfa. La logistique de ces visites a fait intervenir de nombreux acteurs institutionnels efficaces, que je remercie avec gratitude. Inutile de dire que les lieux inspirants français ont aussi été au rendez-vous, avec une mention spéciale pour The Camp, près d’Aix-en-Provence, qui a hébergé notre mission durant quelques jours.

Passionnante par la variété de sujets qu’elle nous a menés à étudier, cette mission a aussi été l’occasion de travailler, six mois durant, en collaboration avec tous les acteurs de la société, depuis les sciences exactes et humaines jusqu’aux administrations, en passant par les entrepreneurs, les journalistes et des auteurs de science-fiction talentueux – merci à Anne-Caroline Paucot et Olivier Paquet, qui ont gentiment accepté que nous intégrions quelques- unes de leurs nouvelles au rapport. À travers ces confrontations multiples, l’intelligence artificielle s’est affirmée à nos yeux comme un sujet universel, se déclinant dans d’infinies variations, qui doit s’aborder de façon systémique.

Nous avons d’ailleurs l’intention de compléter ce rapport – rédigé pour conseiller le gouvernement avec l’action et l’efficacité en ligne de mire – par une version plus pédagogique, susceptible d’intéresser un public aussi large que possible, insistant davantage sur l’histoire, les attentes et les mystères de ce domaine.

C’est dans la synergie, nous en sommes convaincus, que notre nation, et notre continent, pourront se lancer avec confiance et détermination dans cette révolution naissante.

Télécharger le rapport Villani

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