Samir Koleilat

Si Samir Koleilat est venu à Internet, ce n’est surtout pas par opportunisme, affiche-t-il d’entrée de jeu mais parce que « ça toujours été mon métier. Certaines personnes ont fait des coups d’éclats puis sont aussitôt repartis pour faire autre chose. Si je suis encore là aujourd’hui, c’est parce que j’habite ce village. » De la fête de l’Internet, aux mille pionniers du Net, en passant par la création de l’Annuaire de l’Internet, le dirigeant d’Acropolis Télécom a été de tous les évènements et de toutes les initiatives.


D’origine Libanaise, Samir Koleilat arrive en France avec « cinq euros en poche », passe un DUT à Metz d’informatique puis poursuit ses études au CNAM Metz/Nancy avant de rejoindre la capitale pour suivre un master télécom par correspondance avec l’école supérieure de télécom de Brest.  Au début des années 80, il est embauché chez le constructeur Ranq-Xerox pour vendre des photocopieurs géants qui « à l’époque étaient déjà reliés à Internet ». C’est en 1988, qu’il évoque le souhait de faire du box moving pour les produits périphériques. Un concept qui consiste vendre en grande quantité des produits à faibles marges. Encouragé par ces deux patrons de l’époque Alain Chapuis et Salavator Cacioppo, il commence alors l’aventure de l’entreprenariat avec la création de Hyquest. En l’espace de deux ans, la société affiche un chiffre d’affaire de 14 millions d’euros. Un succès qui laisse penser à ses actionnaires  « qu’il est nécessaire de recruter un HEC pour gérer un tel chiffre d’affaire. » « Ils avaient certainement raison » mais la décision n’est pas au goût de l’entrepreneur. Samir Koleilat décide alors de partir aux Etats-Unis chez Western Digital où il est nommé directeur des ventes Europe du Sud. Il y restera à peine un an jusqu’à ce que Alain Chapuis lui propose de s’associer une nouvelle fois. Banco lui dit Samir Koleilat mais ce sera dans les réseaux locaux. « L’idée consistait à mettre des cartes réseaux dans des ordinateurs qui reliés à des câbles permettraient à tous les utilisateurs de discuter avec un même serveur ». Alain Chapuis est dubitatif : ce sont des choses pour IBM, Bull, lui dit-il. Encore une fois Samir Koleilat ne se laisse pas décourager et dépose les statuts de Chip Technologies. Cinq ans plus tard, la société de distribution de composants est vendue à prix d’or tandis qu’il concocte le premier Backbone (cœur de réseau) de sa prochaine société. On est alors en 1996. Deux ans plus tard, la dérèglementation des télécoms bouleversera les réseaux de téléphone. « J’ai alors compris qu’on pouvait être un opérateur de service dans les télécoms et le meilleur moyen d’y rentrer, ce n’était surtout pas via la téléphonie mais en étant fournisseur d’accès Internet. » InterNext deviendra ainsi le premier réseau franchisé de fournisseurs d'accès Internet avec pour client des grands comptes comme Dexia ou Deutsche Bank. Très vite, la société est capitalisée pour être revendue aux enchères en 2000 à une époque où c’était la folie des investissements dans le monde des télécoms et de l’internet. « Plus d’une vingtaine de structures sont venues surenchérir », se souvient Samir Koleilat. Finalement c’est Primus Télécommunications qui remportera la mise. Malgré une clause de non concurrence de deux ans, il ne lui faudra pas longtemps pour se retourner. En 2001, à une époque où l’on les acronymes comme CRM, ERP, SaaS étaient résolument à la mode, il crée Initiales on line et travaille à la mise en place d’une base de données qui donnera naissance à l’APNF (Association de la portabilité des numéros fixes). Très vite, Initiales On line fusionne avec BVACOM et Network Systems et dès 2003, il lance l’offre Cloud téléphonie auprès des entreprises sous la marque Acropolis, à quelques mois de l’ouverture des jeux Olympiques d’Athènes. Aujourd’hui, sur un marché où de nombreux acteurs sont de purs distributeurs, l’opérateur de solutions de télécommunication tout IP se positionne comme The Cloud Company. « Des milliers de sociétés proposent du Cloud mais personne ne parle de la responsabilité de l’usager. Enfin beaucoup d’offres cloud ne garantissent pas une disponibilité de service totale. Or pour une entreprise, c’est primordiale. Avec Acropolis Télécom elle achète un lien, un serveur virtuel. Elle a ses licences, les installe et elle a ses infogéreurs. On apporte à nos clients, la sécurité du lien et de l’hébergement. » A ce titre, Samir Koleilat est un fervent défenseur du Cloud souverain et se revendique comme le premier cloud téléphonique.En octobre dernier, alors que l’Etat affichait sa volonté d’injecter 150 millions d’euros dans Numergy et CloudWatt, il poussait un coup de gueule dans la presse : « l’Etat finance des start-up créées de toute pièce, sans expérience, sans produits, sans clients, et finalement sans légitimité sur le marché alors qu’une vingtaine d’entreprises françaises spécialisées, plus expérimentées et qui ont déjà une longueur d’avance sont mieux placées pour relever le défi d’un Cloud souverain français. » Obnubilé par la livraison rapide au client et toujours dans l’idée de faire du box moving, Samir Koleilat a développé au sein d’Acropolis Télécom, Adaxia. Un e-store Cloud permettant aux entreprises d’accéder d’un simple clic à un catalogue complet de logiciels SaaS en location : CRM, ERP, Service RH comptabilité, téléphonie, webconferencing, communications unifiées…Et pour faciliter l’accès, tous les logiciels sont accessibles via un seul et même login et password grâce à Idfix. Une invention protégée par une quinzaine de brevets qui illustre bien la philosophie de l’entrepreneur. « Je pars du principe que ce qui sera le plus pratique pour moi, le sera pour tout le monde. » Aujourd’hui, à 58 ans, il peut se réjouir de l’évolution des performances de son entreprise : 1200 clients, 45000 utilisateurs, 7 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2012, et une croissance d’en moyenne 10% chaque année. Il faut dire aussi que Samir Koleilat ne lésine pas sur les investissements. Quatre datacenters sont aujourd’hui opérationnelles dont un à Aix-en-Provence et deux en plein cœur de Paris (12ième et 2ième). « J’ai souvent entendu dire que j’avais de la chance. Mais la chance, il faut savoir la susciter et la saisir ! » La ténacité à également eut raison de sa réussite, alors même que son entourage ne misait pas un kopeck sur la pérennité de ses projets. « Je ne me suis jamais laissé démonter. » Un trait de caractère qu’il doit à son père. « Un homme au fort tempérament. Avec lui, c’est marches ou crèves ! » On apprendra &eacut
e;galement que l’homme en plus d’être un excellent golfeur est un joueur d’échec effréné avec toujours au moins deux parties en cours sur son Iphone. Lors de ses dernières vacances, il jouait neuf parties en même temps et en gagnait… sept ! 

Sandrine Tournigand

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