L’ERP a tendance à l’hybridation

Pour Gartner, le concept d’ERP monolithique a vécu et la plupart des organisations vont passer leur ERP en mode hybride dans les 5 ans. Mais qu’est-ce qu’un ERP hybride et pourquoi le mettre en œuvre ?
Un ERP hybride combine des solutions cloud avec un noyau ERP on-premise réduit, limité par exemple à la gestion financière et à la gestion de production. L’objectif premier d’une telle architecture est de tirer parti des avantages du cloud tout en protégeant les données sensibles, essentiellement pour éviter les fuites à la concurrence. Pour le cabinet d’analyse Gartner, cette approche sera la norme d’ici 5 ans. Gartner précise qu’à l’horizon 2018, au moins 30 % des entreprises de service auront migré la majorité de leurs applications ERP dans le cloud.

L’éditeur d’ERP suédois IFS organisait il y a quelques jours un « Cercle des Consultants » sur le thème de l’ERP hybride. Cette rencontre d’échanges a mis en lumière de nombreuses facettes de la problématique, comme le modèle économique ou les raisons qui poussent une entreprise à migrer tout ou partie de son ERP dans le cloud. Mais sécurité et confidentialité des données ont dominé les débats et apparaissaient en filigrane, y compris lorsque d’autres sujets étaient évoqués.

« Mes analyses, mon savoir-faire, doivent rester chez moi », a d’emblée lancé l’un des participants. « En même temps, la même information doit être disponible à mes clients, à mes managers, à mes techniciens de maintenance ». C’est là tout l’enjeu de ces ERP hybrides : partager certaines données avec ses partenaires (clients, fournisseurs, collaborateurs…) tout en conservant jalousement les données jugées sensibles en interne, dans une « citadelle » supposée imprenable au risque d’en assurer la sécurité soi-même de manière beaucoup plus imparfaite que ne saurait le faire un fournisseur de cloud. Le consensus s’est d’ailleurs fait autour de la table sur la plus grande efficacité des sécurités mises en œuvre par les prestataires cloud, comparativement à celles que toute entreprise peut mettre en œuvre par elle-même.

Par ailleurs, le Patriot Act, loi américaine à portée extraterritoriale votée dans la mouvance du 11 septembre, plane sur la confidentialité tel une épée de Damoclès, ouvrant la voie à toutes les hypothèses et tous les fantasmes, renforçant encore l’idée que les données sensibles sont bien mieux chez soi que dans le cloud.

Les cloud grand public poussent les entreprises

Pourtant, le mouvement vers le cloud, y compris dans le monde des ERP, est inéluctable. Damien Michallet, directeur commercial d’IFS France, constate « plus aucun projet ERP ne se mène sans implication du cloud ». Quant à des acteurs comme SAP, « Rares sont les entreprises qui, comme nous, ont placé l’intégralité de leur système ERP dans le cloud », assurait Bill McDermott, co-CEO de SAP lors de son récent passage à Paris. « Et nous allons migrer de plus en plus de clients vers le cloud ». Bill McDermott affirme qu’avec 35 millions d’utilisateurs, SAP est la première entreprise du cloud dans le monde.

Ce sont les usages qui poussent les entreprises à aller dans le cloud : à titre privé, tout un chacun utilise des services cloud comme Slideshare ou Dropbox, par exemple. Une fois dans l’entreprise, le même utilisateur aura beaucoup de mal à comprendre pourquoi il n’aurait pas accès aux mêmes services dans le cadre professionnel.

Lorsqu’on songe au nombre de données confidentielles échangées par e-mail, sans aucun encryptage ni aucune protection et avec un accès ubiquitaire, donc forcément en dehors du strict cadre professionnel, il est clair que tous les efforts de protection des données déployés d’un côté peuvent être annihilés en quelques instants de l’autre. Ce type de constat est de nature à effacer des craintes souvent irrationnelles et à favoriser le mouvement vers le cloud. À l’issue de la table ronde, Damien Michallet a constaté l’importance de la sécurisation des données dans la mise en place d’un ERP hybride : « il s’agit pour nous de répondre adroitement à ce besoin », a-t-il conclu.

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