Guerre des prix du cloud public ; mais à quel prix ?

C'est à une lutte acharnée sur les tarifs que se livrent aujourd'hui les principaux acteurs des services cloud public mondiaux tels que Amazon Web Services, Microsoft Azure ou encore Google. On peut se demander à quelles fins. Le dindon de la farce ne serait-il pas, au final, malgré les apparences, le consommateur ?


Alors que Google venait d'annoncer une baisse conséquente de certains de ses tarifs, le lendemain, AWS (Amazon Web Services) annonçait la 42ème baisse de prix de son histoire, vieille de huit ans seulement (cf. AWS lance trois nouveaux services )

La riposte du challenger, Microsoft ne s'est pas fait attendre : dans la même semaine, des mesures similaires ont été prises. Les tarifs d'Azure ont été réduits de jusqu' à 35 % pour le service compute et jusqu'à 65 % pour l'offre de stockage. La dimension marketing et communication de ces annonces n'est pas anodine : intervenues quelques heures seulement avant l'ouverture de la conférence des développeurs Build, à San Francisco, c'est à l'évidence l'effet d'annonce qui était recherché.

Le prix est certes un élément important du succès des services cloud. Mais l'innovation et la qualité du service le sont tout autant, bien que moins déterminants à l'heure actuelle. La différence entre un taux de service de 99,99 % et un taux de service de 99,999 % ne sera sans doute pas fondamentale dans la décision d'une entreprise.

Le prix est donc un facteur différenciant et les géants du cloud l'on bien compris. D'ailleurs, pour communiquer sur leurs tarifs, certains n'hésitent pas à publier des tableaux comparatifs de leurs offres avec celles de leurs principaux concurrents. Ainsi en est-il de Microsoft, dont les offres se situent généralement, selon les éléments publiés par le géant de Redmond, soit au même niveau, soit légèrement en dessous de son concurrent le plus direct, AWS. Précaution bien inutile, puisque de nombreux sites spécialisés plus ou moins indépendants se chargent déjà de cette tâche à longueur d'année.

La vraie question est celle de l'intérêt pour l'utilisateur. Au-delà de l'avantage pécuniaire immédiat, la démarche force certes les prestataires à se comparer les uns aux autres en permanence, tirant de fait le rapport qualité/prix et donc la qualité de service vers le haut. La mauvaise nouvelle, c'est qu'on peut raisonnablement penser que si les principaux acteurs du cloud public peuvent tirer à ce point et systématiquement les prix vers le bas, c'est que, l'instar de ce qu'on a pu vivre avec la téléphonie mobile, depuis des années le consommateur ne paye pas sa prestation à sa juste valeur, mais bien au-delà. D'après certaines sources, si les baisses de coûts du matériel oscillent entre 20 et 30 % par an depuis 5 ans, celles des services de cloud public ne sont que de 6 à 8 % par an. Cherchez l'erreur.

Certains, comme IBM, refusent cette spirale descendante des tarifs et ne veulent pas d'un cloud "low cost". Effectivement, le tarif justifie-t-il à lui seul d'opter pour tel ou tel prestataire ? Sans doute pas. Surtout lorsqu'on réalise que, pour poursuivre la comparaison avec la téléphonie mobile, la plupart du temps ces baisses ne sont destinées qu'à attirer le client et à le fidéliser. Une fois qu'il aura été bien fidélisé et rendu bien dépendant des technologies, il y a fort à parier que le prestataire ne manquera pas de réviser ses tarifs à la hausse. Rendez-vous dans quelques années pour le vérifier.

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